fatratas se débarrasse de la paperasse

Cet article est le n° 1 sur 4 de la série paperasse

Premier titre d’une série infinie ? En tout cas, on fait l’front là.

Titre trop long : ah, mais tactique de l’affirmation, application de pensée positive — sinon, ça marche pas, tous les gourous vous le diront.

Des gourous de l’organisation, on en a plein nos cartons. Ils ont le don des formules qui  nous font fuir. Affrontons-les, confrontons-les, testons et attestons : la formule magique peut-elle être autre chose qu’un cocktail personnel ?

Le cas de la paperasse, désespéré s’il en est, nul ne peut s’en débarrasser, même et surtout pas les sans-papiers. C’est en mesurant l’étendue de l’illusion que nous optons pour ce premier titre trompeur, et en entrevoyant l’infinie vastitude de l’infection que nous inaugurons pour l’occasion l’extension Organize Series. Indulgence réclamée pour ce début qui pourrait bien bugger provoque depuis un bug en coulisses, vu qu’on teste à l’aveuglette et sans traduction, notre plus court chemin entre perfectionnisme et procrastination pour alléger le stock de brouillons .

Oh oui, le cas de la paperasse était prévu depuis le début, sa page encore invisible faisait partie du menu déroulant État des lieux – Je ne veux plus de…

Mais ce que nous pensions n’être qu’un sale problème nous concernant personnellement s’avère, à la lecture des statistiques de vos recherches, faire partie des propres problèmes de tout un chacun.

Partons donc de la parole de Kafka dans notre viatique  : Les chaînes de l’humanité torturée sont faites de paperasse.

Quant à cette illustration de provisoire conclusion, élue au détriment de tous nos spectaculaires clichés de cas réels, elle vaut d’office au dessinateur Dave Walker le titre de membre d’honneur à perpétuité.


dave-walker_administration

Cartoon by Dave Walker



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trier tous tes tas de papiers

Cet article est le n° 2 sur 4 de la série paperasse

Comment commencer ? Il y en a tellement, c’est décourageant ; ils reviennent tout le temps, c’est rageant.

Tu demandes alors aux autres, ceux pour qui c’est un jeu d’enfant, et tu obtiens l’embarras du choix (tu l’avais déjà).

Un échantillon de mes récoltes chez “ceux qui font tout bien” :

– peu importe par quoi, l’important c’est de commencer
– commencez par ce qui vous tient le plus à cœur
– commencez par le plus urgent
– commencez par jeter
– commencez par le plus facile
– commencez par tout rassembler
– commencez par l’entrée
– commencez par le courrier
– commencez par un petit tiroir
– commencez par une simple étagère
– commencez à gauche, continuez dans le sens horaire
– commencez par faire une liste

Si l’un de ces douze commandements suffit à te faire commencer, que le dieu y afférent soit loué, on donnera les noms après.
Nan, je me moque pas ; je les ai essayés, ils ont tous grand intérêt ; et on peut s’amuser à en trouver indéfiniment (on va pas se gêner).
Un mixage de ce carambolage me ramène pour l’instant à la conduite suivante :

Tu commences par toi-même.

Pourquoi moi ?
Parce que si c’est toi le problème, c’est toi la solution.
Parce que si ce n’est pas toi le problème, et que tu commences par t’oublier, tu te fais bouffer, la solution se dissout.

Et que tu sois châtelain, locataire  ou sans domicile fixe, ce que tu te coltines du début à la fin, n’est-ce pas toujours — et au moins — toi-même ?
Quoi que tu entreprennes, et même si t’as rien fait, du début à la fin, tous les gratte-papier du monde veulent des preuves de qui tu es.

Ils en produisent avant ta naissance, t’en demandent à tous les coins de rue, quand tu meurs ça continue (prière de faire gaffe à pas mourir avant la fin de cette série).
De quels papiers disposes-tu à ton sujet ?

Mon schéma mental du tas à trier commence à peu près :

Un tel tas flou dans une bulle rouge signifie un truc du style “chez toi, c’est peut-être une simple pincée de papiers bien rangés, mais chez l’autre, c’est peut-être plusieurs mètres cubes éparpillés”.

Et déjà, l’éventail calamiteux qui va de l’anxiété bénigne à la peur panique peut s’ouvrir sans prévenir. Cent mille souvenirs et fantômes rôdent et reviennent à l’esprit. Le corps se fige et n’agit pas. Quand c’est toi le problème, a priori t’as pas trop envie de plonger en apnée.

C’est là que le détective entre en scène.

Le privé, celui qui recevra de tes mains au chapitre prochain sa raison d’être, et la mission que tu voudras bien lui confier.

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carte blanche au détective

Cet article est le n° 3 sur 4 de la série paperasse

Dans tout polar, il y a un chapitre pause, ou charnière, mais si, tu sais, là où ton beau héros perso se réveille complètement fracassé, et contemple d’un œil torve son bureau mis à sac, son salon dévasté, la disparition de ses pièces à conviction, le fondu enchaîné de ses dernières illusions.

Un mal de crâne de tous les diables lui vrille la mémoire, il discerne vaguement le cadavre de Jack (Daniels) avec qui il a dû avoir un entretien prolongé, ou bien alors il a été drogué à l’insu de son plein gré, en tout cas il est roué, fourbu, moulu, rompu, il s’est fait tabasser, un mégot taché de rouge trône au milieu du cendrier plein, et là ça lui revient, la créature de rêve lui a tendu un piège, il a grimpé au cocotier, il a marché comme un crétin.

La colère calme qui l’envahit le ressuscite en trois paragraphes maxi. Tout en réchauffant un vieux fond de café, il tourne le robinet d’eau froide à l’évier, se fout la tête dessous le temps de réviser ses jurons préférés, trouve un œuf à se faire cuire, trois gouttes de bourbon pour arroser le café. Fenêtre grande ouverte à l’air glacé, il prend une douche brûlante, s’insulte copieusement, puis change de chemise, de chaussettes et de tactique secrète. Fin du chapitre. Le remplissage apparent est tout sauf innocent. Retour à l’intrigue.

 

Ce genre de privé a toujours été un allié efficace des réveils difficiles. Si tu n’en as aucun sous la main, voici un excellent dossier à consulter : Détective Privé, le Mythe — n’oublie pas de revenir, tu te souviens, il va mettre le nez dans nos papiers.

 

La mission que je lui confie aujourd’hui : à partir de la porte d’entrée, il a un quart d’heure par pièce pour fouiner ; peu importe sur quoi il tombe, il ne doit se préoccuper que de papiers en rapport avec l’identité, et les déposer à l’endroit que je lui désigne. Pour l’instant, c’est à côté du clavier où je me tiens. Toutes les quinze minutes, le minuteur sonne, on se donne une pause et on fait le point.

Comme mon secrétaire privé est en congé, je vais à titre exceptionnel créer (ou mettre à jour) moi-même les données récoltées.

Pour commencer, je vais ajouter les documents rassemblés à ma carte mentale (mindmap) ébauchée précédemment. On peut toujours visualiser le virtuel sur papier, mais se servir pour ce faire d’un support logiciel permet encore plus facilement de le modifier, l’agrémenter, l’enregistrer et l’imprimer au fur et à mesure qu’il évolue. Dans le cas présent, j’utiliserai Freeplane, un bon dérivé de Freemind (si tu pars explorer la question, n’oublie pas de revenir non plus, on a tout prévu).

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les passeports à la mitaine

Cet article est le n° 4 sur 4 de la série paperasse

drapeau canada Petit intermède offert par un fidèle lecteur surmené (variantes dans le mp3, réf. de l’artiste ?) — mais nandidjuu, qu’est-ce que ça l’fait bien.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Cher Premier Ministre,

Je suis en train de renouveler mon passeport et je n’en reviens pas encore. Comment se fait-il que Radio Shack a mon adresse et téléphone et sait que j’ai acheté un câble chez eux, un câble pour ma télé en 1997 et que vous, le gouvernement fédéral, me demandez encore où je suis né et à quelle date ?
Ciboire, faites-vous les passeports à la mitaine ?
Ma date de naissance, vous l’avez…

– sur ma carte d’assurance sociale,
– sur toutes les osties de déclarations d’impôt que je vous fais depuis 40 ans,
– sur ma carte d’assurance-maladie,
– sur mon permis de conduire,
– sur les huit sacraments de passeports que j’ai eus avant,
– sur toutes les petites crisse de cartes d’embarquement que j’ai remplies avant de prendre l’avion depuis 40 ans,
– sur tous les ciboires de recensements que vous faites avant les calvaires d’élections.

Quelqu’un peut tu le prendre en note une fois pour toutes, ostie ?
Ma mère s’appelle Cécile, mon père Robert, et ça m’étonnerait que ça change d’ici à ce que je crève ! Calice !
Excusez-moi, M. le Premier Ministre, mais chu pompé en crisse à matin.

Entre vous pis moé, ça va faire, ostie !
Vous m’envoyez la demande chez moi et pis vous me demandez mon adresse. Tabarnac, avez-vous une gang de mongols à votre service ? Regardez ma photo ostie, j’ai tu l’air de Ben Laden? Je ne veux pas aller déterrer Yasser Arafat, ciboire, je veux juste aller me chauffer le cul au soleil, tabarnac.

Pis qu’est-ce que ça peut ben vous calisser que je visite une ferme dans les 15 prochains jours ? Si jamais l’envie m’pogne d’enculer une chèvre ou de frencher une ostie de poule, soyez certain que je le dirai à personne.

Là-dessus je dois vous laisser parce que je dois aller obtenir une autre ostie d’copie de certificat de naissance à l’autre bout d’la ville.

C’est tu trop compliqué d’avoir tout les osties d’services au même endroit pour faciliter la livraison d’un nouveau passeport le même jour ? Ben non, calice, vous aimez mieux qu’on coure aux quatre coins d’la ville comme des osties de poules pas d’tête, pis en plusse faut trouver un ostie d’bozo pour qu’il confirme que c’est ben moé sur l’ostie d’photo d’passeport où on a pas le droit de sourire, j’comprends calice, qu’on sourisse pas, on est en tabarnac !

passeport_canadien

Cette lettre n’est pas datée, mais on peut lire ça sur Québec Hebdo : Demande de passeport désormais simplifiée, pour se faire une idée de “quand c’était pas simplifié”.

Et chez vous, c’est comment ?
Vous avez un formulaire hallucinant [quasi pléonasme] à faire passer : pourquoi pas le scanner et nous l’envoyer ?
On a déjà un bon stock francophone à caser en annexe, mais l’administration étant sans doute, avec la connerie, la chose au monde la mieux répartie, vos transmissions peuvent faire leur nid ici en quelque langue que ce soit. Tôt ou tard, ça pourrait faire rire quelqu’un qui n’a pas de quoi — et rien que ça, man, te vaudra une remise de peine devant qui de droit.


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