Christian G.

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Un homme pur, simple et lucide, présenté avec pudeur et beaucoup de respect par Martin Hampton et Leonie Purchas.

 

Découvrir graduellement ce premier portrait de Christian prend 27 minutes et 6 secondes ; pas une seule qui puisse être retranchée de The Collector (2004-2006, en français, sous-titrage anglais).

 

Voilà plus de cinquante ans que Christian amasse dans sa maison et sur ses terrains les objets dont personne ne veut plus et qu’il sauve chaque nuit des poubelles municipales. C’est la sorte de travail qu’il s’est choisi, parce que rester inactif ferait fondre ses forces, parce qu’il ne supporte pas de voir jetées au rebut ces choses qui ont une valeur à ses yeux, et il accomplit à pied un circuit structuré, 365 nuits par an. Mais jour ou nuit, les Autorités veillent…

 

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Christian garde en permanence ses volets fermés, pour que le maire, qui lui défend de faire les poubelles, ne puisse pas se mêler de tout ce qu’il ramasse et entasse chez lui.

 

 

Ça se passe en Provence
Au pays des santons…

 

 

THE COLLECTOR from Martin Hampton on Vimeo.

 

La page d’origine Entrez chez… Christian G. se terminait là. Pour la méditation.

Si vous n’avez pas encore visionné le film ci-dessus, allez-y plein écran, on vous attend.

J’ai découvert l’histoire de Christian en juillet 2009, il a aussitôt eu ici « sa porte ouverte ».

Je n’imaginais pas, six mois plus tard, devoir rajouter ce qui suit, ni que les Autorités buxoises avaient atteint un tel niveau d’inhumanité — je ne trouve pas d’autre mot : s’agissant de l’Autorité, on ne saurait parler d’incompétence ? Ils ont sans doute leur Karcher eux aussi, garanti par le gouvernement.


Le court texte qui suit cette deuxième vidéo est de Martin Hampton.

Vous pouvez aussi le consulter en suivant le lien, car j’ai un petit peu (le moins possible) retouché la traduction, mais j’aime bien la forme de celle qui figure là-bas.


 

The Collector Part 2: Christian à l’hôpital psychiatrique from Martin Hampton on Vimeo.

 

Christian was forcibly taken to a psychiatric hospital in Montelimar on 20 October 2009 after the Mayor and his legal guardian or ‘tutelle’ decided he could no longer live at his home. There was a petition from 300+ people of his home town of Buis les Barronies in Provence, France, and it was finally decided Christian should have a place in the town’s retirement home. However, after waiting for over 2 months in the hospital, during which time he became progressively more depressed, on 30 December 2009 Christian suffered a massive heart attack and died in the office of the hospital.

I hope that the mayor of Buis les Baronnies and his Tutelle, an Association in Valence are made to explain why it was necessary for him to spend so long in a psychiatric hospital.

**** IMPORTANT ***

CHRISTIAN Guyenne, REST IN PEACE.

 

Christian a été emmené de force dans un hôpital psychiatrique, à Montélimar, le 20 octobre 2009, après que le Maire et sa «Tutelle» ont décidé qu’il ne pouvait plus vivre à son domicile. Il existait une pétition signée par 300 personnes de sa ville natale de Buis-les-Baronnies en Provence, qui demandait que Christian soit libéré. Il a finalement été décidé que Christian devait avoir une place dans la maison de retraite de la ville.Toutefois, après avoir attendu pendant plus de deux mois à l’hôpital, période au cours de laquelle il est devenu de plus en plus dépressif, le 30 décembre 2009 Christian a eu une crise cardiaque foudroyante et est mort dans le bureau de l’hôpital.

J’espère que le maire de Buis-les-Baronnies et la tutelle, une association de Valence, pourront expliquer pourquoi il a dû passer tant de temps à l’hôpital psychiatrique.

 

 

CHRISTIAN Guienne, REPOSE EN PAIX.

 

 

 

 

 

 

Dans Le Buis, J’aime n° 109, page 10, M. le Maire de Buis-les-Baronnies fait  la communication ci-dessous :

 

le buis j'aime n°109 p.10

 

 

 

 

À bien des égards, la lettre du maire dans Le Buis, J’aime – n° 109 ne correspond pas à nos attentes, et cela appelle une légitime réponse.


Le syndrome de Diogène, phénomène d’amassage obsessionnel compulsif, est une maladie mentale. Christian était dans l’incapacité de s’arrêter d’entasser parce que ce comportement est profondément enraciné dans une compulsion pathologique. Il est très rare qu’un individu présentant le même type de profil que Christian soit en mesure de se contrôler s’il ne bénéficie pas d’une aide considérable sous la forme d’une thérapie cognitive comportementale. Même une telle thérapie ne garantit pas l’arrêt du phénomène d’encombrement. Attendre de Christian qu’il modifie son comportement parce que le maire a rendu sa maison « normale », propre et en ordre, c’est être hautement optimiste. Faire disparaître toutes ses affaires sans prendre en considération la racine du problème ne débarrassera jamais du problème, tout psychiatre ayant un tant soit peu d’expérience de la question pourrait en attester. Christian souffrait probablement d’anxiété aiguë résultant de difficultés survenues dans l’enfance, et trouvait de toute évidence un grand réconfort dans sa manie d’accumuler. C’était sa vie, comme le dit la lettre, et son grand plaisir. Pourquoi, si les services sociaux le suivaient « quotidiennement », Christian a-t-il été en mesure de remplir la maison de nouveau, au point qu’on en arrive à une solution si dramatique ?


Christian se sentait plus surveillé qu’aidé. Il a passé ces trois dernières années dans la peur constante du « garde » dehors à le guetter. En 2009, il a commencé à aller dormir régulièrement dans un cabanon dans les collines, de crainte d’être surpris chez lui dans son sommeil et ramené à l’hôpital. Venant du maire et des services sociaux locaux, permettre qu’une telle situation s’installe indique le peu d’entendement éclairé qu’ils pouvaient avoir de son état. En le traitant plus comme un enfant indiscipliné que comme un homme souffrant d’une maladie psychiatrique, ils tentaient de contrôler son comportement par la peur plutôt que par la compassion.


Le maire, la tutelle et les médecins prétendent avoir agi au mieux des intérêts de Christian ; cependant, l’analyse des faits tend à montrer qu’il en va autrement. Christian était tout à fait capable d’exprimer sa volonté, et ses souhaits auraient donc dû être pris en considération. L’unique raison pour laquelle il n’a pas pu être aidé, c’est qu’à cette occasion les seuls parents éloignés qu’il lui reste ont consenti à son internement. Le Dr Bema, psychiatre de l’hôpital, a reconnu que ce n’était pas l’endroit approprié pour Christian, alors pourquoi l’avoir placé là en premier lieu ? Ce n’était pas la première fois que Christian était emmené de force et enfermé contre sa volonté. Ce fut une solution employée dans le passé pour le tenir à l’écart durant le nettoyage de sa maison, et à cette occasion son enfermement se prolongea inutilement.


Ce n’était pas la première fois que Christian était emmené de force et enfermé contre sa volonté sans aucune échéance de libération. La dernière fois qu’il avait été enfermé à l’hôpital pendant le nettoyage de sa maison, sa cousine de Nice avait dû engager un avocat pour qu’il soit autorisé à rentrer chez lui.


Il est mort à l’hôpital psychiatrique de Montélimar, à plus d’une heure de voiture de chez lui. En grande partie à cause de la distance, un seul de ses amis de Buis a pu lui rendre visite régulièrement. Ainsi que Christian l’expliquait lui-même, l’hôpital était ressenti comme une forme de punition pour son amassage compulsif. Rester à l’hôpital est une longue peine pour quiconque, mais c’est une peine particulièrement sévère pour quelqu’un qui n’est pas en capacité d’arrêter ce phénomène d’accumulation.


La dernière fois que Christian a été envoyé à l’hôpital, il en a eu une dépression, au point d’en être physiquement affecté. Il ressort clairement de sa description de cette expérience, dans la première partie du film The Collector, que ce fut pour lui une période hautement traumatisante. Pourquoi quiconque voudrait-il lui faire affronter cela une nouvelle fois, et pour si longtemps ? On serait plutôt désireux de trouver une autre solution pour gérer la situation. Ce ne peut être qu’une forme de cruauté que de soumettre ainsi quelqu’un à une expérience qui le chamboule profondément, et ce en toute connaissance de cause, alors que d’autres solutions existent, moins douloureuses.


Le maire écrit que Christian savait qu’une place s’était libérée à la maison de retraite. Au moment de sa mort, il n’avait que son inscription sur la liste d’attente, et s’entendait dire qu’il pourrait bien devoir attendre jusqu’à ce que quelqu’un d’autre meure ou change de maison de retraite, avant qu’il puisse rentrer à Buis. Pourquoi n’ont-ils pas attendu qu’il y ait une chambre prête pour lui à la maison de retraite, au lieu de l’envoyer à l’hôpital psychiatrique ? Quel était le plan, quand on l’a arraché de sa maison ?


Pour conclure, tout en comprenant très bien la situation difficile à laquelle étaient confrontés les responsables de Christian en raison de son amassage persistant, on ne peut s’empêcher d’affirmer ceci : un peu plus de considération eût-elle été apportée au ressenti personnel de Christian et à ses souhaits, eût-il en fait été écouté et traité comme un être humain ayant des droits, la solution pratique qui a été adoptée, consistant à l’enfermer à l’hôpital psychiatrique pendant qu’on délibère sur son sort, serait restée inconcevable.


Il est impossible d’établir si l’extrême détérioration de l’état de santé mental et physique de Christian pendant son séjour à l’hôpital, aboutissant à son décès par arrêt cardiaque, est liée au trauma de l’expérience, et cette lettre n’accuse en aucun cas qui que ce soit d’être directement responsable de sa mort.


Toutefois, on voit dans le film que Christian était malheureux, dépressif et seul dans cet hôpital quatre jours avant sa mort. Bien qu’il sache qu’il rentrerait un jour à Buis, en maison de retraite, on voit qu’il était convaincu d’avoir été pris en défaut et à présent puni par le maire et la tutelle pour ses activités d’amassage.


Ce ne sont pas là des élucubrations. Le courroux des autorités qu’il redoutait jusqu’à la hantise depuis des années se réalisait, il avait perdu sa liberté.

 

 

Est-ce bien ainsi qu’il faut traiter les malades mentaux ?

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crédit photos
© Leonie Purchas © Martin Hampton

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Obrigado a todos de ter vindo até aqui.
Veces podem deixar umas palabras a Christian n’esta pagina,
o sobre na
Praça de Christian-Guienne

 

La visite continue


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10 commentaires

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  1. 1

    A tous ceux qui voudraient rendre hommage à Christian : ne redoutez pas de laisser un commentaire sur cette page. Vous pouvez bien sûr utiliser un pseudo, il suffit de ne pas laisser la case vide. Une adresse mail valide est nécessaire aussi, mais elle n’apparaîtra pas sur la page. Et si vous préférez lui faire un dessin, c’est Sur le seuil, colonne de droite, dooodl. Merci d’être venus jusqu’ici.

  2. 2

    Je ne connaissais pas cette histoire… je trouve cela tellement injuste.
    Bref, je ne veux pas m’énerver donc je ne peux que lui envoyer de bonnes pensées.

  3. 3

    Tu lui as aussi envoyé un superbe salut avec ton dessin ! J’entends presque d’ici son petit rire.

  4. 4

    Petite pensée à Christian !
    je me souviens lors de mes vacances à Buis, nous le croisions dans le village lors de nos promenades nocturnes avec mon frère et mon père.
    Je me souviens de ce ‘personnage’ comme il en existe de rares ! j’étais émerveillée de deviner ce que sa maison cachait de trésors et autres objets. L’accès nous y était interdit par notre père.

  5. 5

    Petite pensée, grande action. Ce serait très précieux de pouvoir lire ici quelques-uns de ces souvenirs plus en détail. Et intéressant aussi de chercher à savoir aujourd’hui, avec le recul, ce que redoutait précisément votre père, à la fois pour votre frère et pour vous, pour en arriver à poser d’emblée cette interdiction ?

  6. 6

    :wink: Je suis très sensible à chaque fois que des êtres humains s’intéressent aux questions sur le handicap sans fuir ou avoir peur. La société avance beaucoup sur ce plan qui ne concerne pas que cette différence mais tout type de différence, les personnes âgées, les sdf, les sans-papiers,  les personnes harcelées, les enfants et les femmes méprisées, manipulées ou battues dans l’ombre, les exclus en tt genre.
    Cependant je crois qu’il ne faut pas dans la vie reporter toujours la faute sur les “méchants”. Mais bien changer en soi ce que l’on voudrait voir changer autour de nous.
    Écoutons Martin Luther King :
    Ce ne sont pas les méchants qui détruisent le monde (le maire, la famille, le garde, l’hôpital, les services sociaux, les psys, etc., qui en effet sont bien souvent à coté de la plaque) ce sont ceux qui laissent sans rien faire… (les voisins, les amis, les personnes qui le voyaient régulièrement dans la rue, etc. )
    Je travaille sans faire de différence avec des déficients de tout ordre et des handicapés tant en charpente qu’en architecture et je peux vous dire que les déficients détestent que l’on s’apitoie sur leur sort ou qu’on les prenne en pitié ou pour des gens différents, de plus il n’ont pas besoin d’être soutenus quand ils sont morts mais quand ils sont vivants !
    Pendant que vous militez activement a posteriori pour Christian, combien de déficients et handicapés vivants autour de vous soutenez-vous par de véritables partages ? Posez-vous modestement cette question.
    Combien de fois avez-vous écarté une personne parce que vous en avez peur ? Parce qu’elle vous met mal à l’aise, parce qu’elle vous semble naze, fashion victime, débile, connes, emmerdeuse, vieille, saoulante ?
    Combien de fois avez-vous écarté une personne parce que vous la méprisez sous prétexte qu’elle est “trop ceci ou trop cela” ou pas assez ceci ou cela ? … par des petites phrases du genre : “ce que tu dis ne nous regarde pas, je ne peux pas me prononcer, je ne veux pas m’impliquer, cette histoire ne me regarde pas, tu nous mets mal à l’aise, j’ai entendu des trucs sur toi, ne parle pas, je ne veux rien entendre, ce que tu dis est trop dur ou trop psy pour moi, va voir un psy mon pauvre, bonne route, on ne te connaît pas, on ne souhaite pas te parler, ta présence parmi nous dérange, nous tu ne nous intéresse pas, passe ton chemin”, etc.
    Interrogez-vous à chaque fois que vous dites ce genre de phrase autour de vous dans la vie, et bien sûr à chaque fois que vous avez du ressentiment “épidermique” contre une personne à cause de ses imperfections, odeurs, façons de parler, aspect ridicule, maladresses, suffisance, bêtises, naïvetés, apparences physique, opinion politique, et mille autres conneries qui font la diversité de ce monde en changement permanent…
    Voyez-vous ?
    C’est une attitude de vie bien courante, que la question du handicap soulève aujourd’hui.
    En effet c’est ce genre de petites phrases que les handicapés entendent presque ts les jours quand ils souhaitent partager des activités culturelles ou sportives de leur vivant avec des valides.

    1. 6.1

      Ite, missa est.
      Il aurait pu être constructif de vous répondre tant sur le débat de fond a priori empathique et désintéressé que sur les points de provocation personnalisés glissés çà et là pour réveiller le lecteur.
      Le lecteur fureteur vous répondra quant à lui peut-être ailleurs, tant on retrouve à quelques détails près cette même leçon partout où vous avez pu la coller.
      Pour notre part, handicapés vivants à qui la bonne société ne s’adapte pas et déficients de bien des manières, nous n’avons pas ouvert cet espace pour y engager quelque joute trollesque que ce soit. Gardez donc en apparence et en vraie paix le dernier mot et le bel ego.

      Nous n’avons aucun goût pour la censure, et je regrette beaucoup de ne pouvoir publier ci-dessous la réponse que vous aviez entre-temps faite à Stéphane. Ce jeune homme ne s’adressant d’ailleurs pas à vous ne mérite en rien les sarcasmes et l’agressivité qui la caractérisent et contredisent manifestement vos préambules psychosociaux. Les lecteurs auraient ainsi pu voir par eux-mêmes ce qui se cache sous le discours. Mais fatratas n’est pas non plus détournable en tribunal virtuel où vous puissiez vous permettre de juger les gens, quel que soit votre degré d’implication personnelle dans l’histoire de Christian à qui, je le rappelle, cette page appartient. Cela au moins, personne ne peut le lui prendre.

  7. 7

    Bonjour étant un neveu je suis vraiment stupéfait de voir cela et suis tristement accablé !
    Je ne l’ai vu qu’une seule fois dans ma vie j’étais encore petit à l’époque, j’en garde un souvenir impérissable
    Il a eu une enfance très douloureuse j’aurais souhaité le revoir !
    Pourquoi s’être acharné comme cela ?
    Je suis persuadé qu’il y a quelque chose de louche derrière tout ce cinéma !
    Un jour tôt ou tard tout se sait !
    Bien mal acquis ne profite jamais à bon entendeur !
    Un neveu dégoûté
    Repose en paix Parrain.

  8. 8

    Bonjour,
    Sait-on ce que sont devenues les collections de Christian G ? Et sa maison ?

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