strass antistress

De toutes les sources psycho-socio-médicales officielles autorisées, on n’arrête pas de nous avertir et nous démontrer que le stress est l’une des grosses-graves racines de nos maux. Cela dit, admis et reconnu, ne sert depuis toujours qu’à faire le beurre des thérapeutes non remboursés par la sécu à laquelle on cotise bon gré mal gré, et à alimenter les marronniers-choux gras des magazines branchés bien-être, sans qu’un iota de stress soit jamais éliminé de nos parcours de combattants par ceux-là même qui s’autorisent un avis sur la question.

En cette hallucinante fin d’année 2010 2011 2012, fatratas vous épargnera le détour par les convenus Cadeaux-originaux-et-pas-chers-à-faire-aux-êtres-chers, et autres Face-à-la-crise-faites-la-fête-pas-la-tête. Non, nous ne mangeons pas de ce pain-là, d’ailleurs le pain n’est plus ce qu’il était, qu’on nous donne donc de la brioche ; et au cœur de nos misères, goûtons un instant la paix royale de n’avoir cure de rien, tandis que ceux qui en ont encore les moyens gigotent et s’agitent entre paillettes et poudre aux yeux.

à suivre

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la cigale

La cigale ayant chanté
Tout l’été,
Dans maints casinos, maintes boîtes
Se trouva fort bien pourvue
Quand la bise fut venue.
Elle en avait à gauche, elle en avait à droite,
Dans plusieurs établissements.
Restait à assurer un fécond placement.

Elle alla trouver un renard,
Spécialisé dans les prêts hypothécaires
Qui, la voyant entrer l’œil noyé sous le fard,
Tout enfantine et minaudière,
Crut qu’il tenait la bonne affaire.
« Madame, lui dit-il, j’ai le plus grand respect
Pour votre art et pour les artistes.
L’argent, hélas ! n’est qu’un aspect
Bien trivial, je dirais bien triste,
Si nous n’en avions tous besoin,
De la condition humaine.
L’argent réclame des soins.
Il ne doit pourtant pas devenir une gêne.
À d’autres qui n’ont pas vos dons de poésie
Vous qui planez, laissez, laissez le rôle ingrat
De gérer vos économies,
À trop de bas calculs votre art s’étiolera.
Vous perdriez votre génie.
Signez donc ce petit blanc-seing
Et ne vous occupez de rien. »
Souriant avec bonhomie,
« Croyez, Madame, ajouta-t-il, je voudrais, moi,
Pouvoir, tout comme vous, ne sacrifier qu’aux muses ! »

Il tendait son papier. « Je crois que l’on s’amuse »,
Lui dit la cigale, l’œil froid.

Le renard, tout sucre et tout miel,
Vit un regard d’acier briller sous le rimmel.

« Si j’ai frappé à votre porte,
Sachant le taux exorbitant que vous prenez,
C’est que j’entends que la chose rapporte.
Je sais votre taux d’intérêt.
C’est le mien. Vous l’augmenterez
Légèrement, pour trouver votre bénéfice.
J’entends que mon tas d’or grossisse.
J’ai un serpent pour avocat.
Il passera demain discuter du contrat. »

L’œil perdu, ayant vérifié son fard,
Drapée avec élégance
Dans une cape de renard
(Que le renard feignit de ne pas avoir vue),
Elle précisa en sortant :

« Je veux que vous prêtiez aux pauvres seulement. »
(Ce dernier trait rendit au renard l’espérance.)
« Oui, conclut la cigale au sourire charmant,
On dit qu’en cas de non-paiement
D’une ou l’autre des échéances,
C’est eux dont on vend tout le plus facilement. »

Maître Renard qui se croyait cynique
S’inclina. Mais depuis, il apprend la musique.

J. Anouilh, Fables

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la balle au bond

C’était une belle petite balle de golf envoyée trop loin. Vachement trop loin, même, vu que s’il y avait un terrain de golf dans les environs, ça se saurait, il n’y aurait alors rien d’étonnant à trouver au milieu du chemin de belles petites balles égarées, ça se ramasserait à la pelle. Aucun intérêt. Mais là, cette petite balle toute seule sur ma route, voyons ça de plus près… Malédiction, ça y est, je l’ai ramassée.

balle-golf-jaune

— Non, ne la mets pas dans ta poche, elle est pleine de boue.
— Ben justement, je la nettoierai à la maison.
— Nooon, ne rapporte plus un seul truc à la maisooon, t’en as même pas besoin, d’abord.
— J’ai même pas besoin d’en avoir besoin, d’abord. Mais chais pas, ça me parle, ça pourrait servir à…
— Rien du tout. N’y pense même pas. Ceci n’est qu’une impulsion irrésistible à laquelle tu vas résister. Sinon, ça va être un ramassage compulsif de plus, et tu le sais très bien.
— Oui mais justement, puisque je le sais, c’est déjà moins grave, j’exerce mon libre arbitre au cœur de ma conscience pleinement éveillée, non ?
— Ta conscience pleinement éveillée, c’est moi, Johnny, et là, tu commences à me gaver grave. Si tu choisis d’ignorer mes messages…
Là j’ai arrêté d’écouter, parce que je m’appelle pas Johnny, d’abord. Ma conscience pleinement éveillée dit ça par pure provocation.

Donc j’ai rapporté la petite balle, encore une saleté qui va traîner. Alors je l’ai passée au lave-vaisselle, un jour où par pure distraction, presque par inadvertance, je prenais soin de la maison, et elle est ressortie toute pimpante, toute brillante.
Avec cette inscription :

balle-golf-range
Je le savais bien, quand même, qu’elle avait un message pour moi.

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Range ta chambre !

Cet article est le n° 1 sur 5 de la série lado range sa chambre

Il est 15 h, l’ado s’éveille, et déjà l’ado entend cette phrase.

Mais combien de fois a-t-elle résonné dans les oreilles de l’ado ? Combien de fois lui a-t-on dit que cela ne pouvait plus durer, qu’il faut aérer, ranger, laver, et que non, décidément, une bouteille de bière n’a pas sa place dans une chambre d’ado, hein, combien de fois ? Pas assez, sans doute, vu que rien n’a bougé.

Moi je la trouve plutôt cool, ma chambre. Un peu encombrée, je vous l’accorde, mais c’est un joyeux bazar qui me convient. Et puis, faut me comprendre, dans 9 m², comment voulez vous décemment faire tenir un lit, un bureau, un ordinateur, deux synthés, une guitare, un ventilateur, et se débrouiller pour que tout soit en ordre ? Afficher la suite »

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